Vœux du président : des paroles et des actes ou des paroles et désastre ?

C’est la traditionnelle période des vœux et comme à l’accoutumée, le ministre de l’Intérieur reçoit les membres du gouvernement place Beauvau pour ensuite converger avec eux vers l’Elysée. Sourires, accolades, embrassades, les mines sont réjouies et les plaisanteries fusent. Après ces quelques instants de répit, le retour à la réalité s’impose. Une réalité que malheureusement la gauche nie depuis près de dix-huit mois.

L’année 2014 s’annonce très difficile et les vœux du président de la République étaient extrêmement attendus. La surprise fut de taille car Hollande est sorti temporairement de son dogmatisme et de ses errances passées en prononçant un discours à consonance sociale libérale. Il propose notamment un allègement des charges des entreprises en contrepartie d’embauches et affirme : « Aujourd’hui nous avons à faire un effort pour que notre offre soit plus compétitive » tout en dénonçant « des impôts trop lourds ». Au travers de son « pacte de responsabilité », le président pourrait avoir eu un sursaut de lucidité en comprenant que la compétitivité des entreprises était indispensable au redressement de l’économie… Il semble ainsi avoir fait sienne la célèbre phrase de Helmut Schmidt : « Les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain ».

Le principal enjeu de cette année 2014 est bien économique avec au premier chef le retour de la croissance et la bataille pour l’emploi. Cette bataille, Hollande ne pourra la gagner qu’en libérant de leurs entraves les forces vives de l’économie, à savoir les entreprises qui à travers leurs investissements et leurs innovations, seront les principales sources de gisements d’emplois. François Hollande est bien loin de son discours de campagne où il fustigeait notamment le monde de l’argent… Si cette évolution est bien sûr louable, reste la question des actes et de la mise en pratique. En effet, il va falloir faire « avaler la pilule » à son propre camp et notamment à l’aile gauche du PS… Il est vrai que comme il l’a mentionné, le président pourra toujours procéder par ordonnances pour passer en force.    

La teneur de ses vœux est également une main tendue vers les  centristes à quelques mois des élections municipales et européennes. S’il s’agit bien de la chronique d’une débâcle annoncée, Hollande fait tout pour limiter la casse quitte à prendre une orientation plus libérale. Pour les années à venir, l’équation à laquelle le locataire de l’Elysée est confronté est complexe car il a deux objectifs principaux qui sont étroitement liés mais qui relèvent de deux stratégies antinomiques. Le premier objectif est d’être réélu en 2017 et pour ce faire, il doit donner des gages aux composantes d’une majorité extrêmement disparate, en mettant en œuvre les engagements pris pendant la campagne.

Le deuxième objectif consiste à redresser le pays de plus en plus sclérosé par la crise économique et notamment le chômage. Or, il est manifeste qu’il ne parviendra pas à ses fins en poursuivant une politique économique ayant pour principaux leviers le matraquage fiscal et la hausse des dépenses publiques, mais uniquement en modernisant l’économie et en effectuant les réformes structurelles nécessaires. Hollande sait également pertinemment que la menace d’une nouvelle dégradation de la signature française pend telle une épée de Damoclès au-dessus du pays, et qu’il n’aura bientôt plus de filet car il ne pourra pas éternellement compter sur la complaisance paradoxale des marchés et de la commission européenne. Il lui faut donc être à la fois clair dans ses convictions, cohérent avec ses promesses de campagne, courageux et efficace dans ses actes notamment en matière économique, le tout avec l’élection de 2017 en ligne de mire. Un beau travail d’équilibriste en perspective mais gare à la chute…

 

La phrase de la semaine :

« Sur le terrain, aujourd’hui, l’inversion de la courbe du chômage qu’on constate dans les chiffres, statistiquement, n’est pas forcément perceptible immédiatement par toutes les familles » de Benoît Hamon.

 

rôme Boué